• STORIES

    Quelle utopie !  -  Première démo  -  Et regarder la télé  -  Rencontres  -  Situation ironique
    « Ça manque de sax »  -  Jam session & open mic  -  La résidence  -  « Pourquoi pas un album ? »
    La naissance de Pachydermal lies and truth  -  L’enregistrement  -  Dernière ligne droite
    Bientôt chez vous…

     -  QUELLE UTOPIE !  -

     

    L’histoire de cet album est un peu particulière… c’est, d’ailleurs, souvent le cas…

    En septembre 2009, alors que l’industrie phonographique vit une révolution que la crise lui impose depuis plusieurs années, je prends la décision de tout mettre en œuvre pour faire aboutir un vieux rêve : presser un disque.

    « Quelle utopie ! », m’annonce t-on…

    Alors que les réseaux de « peer to peer » deviennent les disquaires gratuits quotidien de bons nombres d’internautes, que les maisons de disques sont de plus en plus frileuses face aux dépenses colossales en terme de marketing pour faire émerger un nouvel artiste, que la culture de l’album physique a laissé sa place à un nouveau mode de consommation numérique emprunt de la culture du « zapping » d’un titre par artiste, qu’est-ce qui peut bien me pousser à faire un disque ?

    Malgré que j’aie tout à fait conscience de ces faits (et des autres) la passion sera plus forte, sans insouciance pour autant…

    Je m’attelle donc à l’élaboration d’un home studio pour me permettre d’enregistrer tout ce qui me passe par la tête et, ce, quotidiennement. Les mois se déroulent, les chansons s’accumulent et le matériel également ! Je scinde les 24 heures que m’offre chaque journée entre la composition, l’écriture, les enregistrements approximatifs et… la lecture des nombreuses documentations techniques nécessaires à la compréhension de ce matériel. Sans parler des quelques dizaines de livres sur les techniques d’enregistrements car je n’ai, à ce moment là, aucun bagage technique me permettant d’avancer convenablement.

    Au fil de cette accumulation, certains titres « sortent du lot ». Certaines mélodies sont plus fortes que d’autres. Je commence un premier tri.

    -  PREMIÈRE DÉMO  -

     

    Puis, je tente de trouver des musiciens, prêts à parier sur ce projet, mais, dans un premier temps, c’est sans succès. Pour y arriver il me faut des démos de bonne qualité pour les faire venir à moi. Comme bon nombre de compositeurs, je joue de plusieurs instruments. Même si je suis loin d’avoir la dextérité nécessaire qu’impose l’appréhension d’un nouvel instrument, je suis plus travailleur que fainéant ; donc prêt à m’investir suffisamment pour atteindre le niveau technique minimum me permettant d’enregistrer quelques bribes. Je fais donc l’acquisition d’une basse et d’une batterie. De nombreuses heures de travail plus tard, en fait des mois plus que des heures, j’arrive, à peu près, à poser des batteries et des lignes de basses sur les titres que j’ai décidé de mettre en avant.

    Au milieu de tout cela, une flûtiste répond à une de mes annonces. Nous nous rencontrons et, à la suite d’une écoute de mes titres guitares – voix, en live au milieu du salon, elle me fait le plaisir d’intégrer ce projet. Nous nous voyons de temps à autre et elle posera des parties de flûte sur 4 démos. Désirant qu’un violoncelle me seconde sur un des titres, la flutiste me présente une de ses amies violoncelliste qui aura la gentillesse d’enregistrer cet instrument sur le titre « I don’t know ».

    Fin octobre 2010, je choisis, dans cette centaine de chansons, d’en mixer cinq  pour démarcher les maisons de disques.

    Malgré des journées plus que remplies, je trouve que le projet n’avance pas assez vite. Aussi, pour le mixage, je prends la décision de le confier à un ami, Romain Morlat, qui possède, d’une part, un vrai studio et, d’autre part, les connaissances techniques nécessaires pour procéder au mixage dans un délai raisonnable. Le rendez-vous est pris du 3 au 5 novembre. Je quitte les studios Sismic de Romain le 5 novembre, dans la soirée, avec mes cinq titres mixés.

    Superbe… j’ai ma démo, mais, il manque encore quelque chose ! Quelques mois plus tôt, j’avais fait l’acquisition d’un caméscope pour mettre quelques vidéos en ligne. Une nouvelle étape à franchir, des nouvelles connaissances à acquérir, je me replonge donc dans des documentations techniques et j’apprends à me servir d’un logiciel de montage vidéo. Quelques jours plus tard, je me décide à réaliser trois vidéos amateurs avec les moyens du bord. Le 10 novembre je poste la première sur Youtube et Dailymotion, le 16, la seconde et le 24 la troisième. Cela va peut-être me permettre d’attirer quelques musiciens qui pourront constater mon investissement sur ce projet et mon acharnement qui maintenant ne fait plus aucun doute.

    -  ET REGARDER LA TÉLÉ  -

     

    Début décembre 2010, parallèlement à mes recherches de musiciens pour emmener ce projet sur des scènes, je me décide à commencer des démarches intensives auprès des maisons de disques parisiennes. J’envoi 64 courriers à des interlocuteurs différents, après avoir soigneusement vérifié qu’ils étaient toujours en place, car le turn-over est important, avec tous les liens nécessaires pour leur permettre de prendre connaissance de mon univers. Mon message est clair : « Je cherche, dans un premier temps, à échanger des points de vue sur l’évolution qu’un professionnel pense la plus cohérente par rapport à mes capacités artistiques »… Je ne demande donc, ni budget, ni contrat, mais simplement des conseils.

    Parallèlement, je commence très rapidement à recevoir de nombreux messages de félicitations d’internautes qui me complimentent sur la qualité des titres, dont, pour certains, qui font plus d’une page !

    Puis, d’un seul coup, je commence à recevoir pléthores d’emails de musiciens qui répondent à mes annonces pour participer au projet. Commence alors une course effrénée, dans différents studios de répétitions, pour découvrir ces musiciens.  Très vite, je me rends compte de la difficulté de trouver les bonnes personnes. Sans être négatif, loin de là, je ne fais que décrire ce que j’ai vécu, rares sont ceux qui sont prêts à s’investir sur un projet par pur coup de cœur. La plus grande partie d’entre eux veulent des dates programmées, correctement rémunérées, dans de bonnes conditions techniques et sur de belles scènes. Je les comprends, je le désire également, mais, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Et, pour exister, il faut passer par toutes les étapes. D’autant plus, qu’une date très mal payée, éventuellement, pas du tout, dans un petit café de quartier, nous donne quand même la joie d’aller à la rencontre d’un nouveau public, sans parler de la joie, toute simple, de jouer ! Après, je peux comprendre qu’une réalité financière leur impose ce choix. Le seul problème, aux vues du nombre faramineux de musiciens qui passent des annonces quotidiennement sur les différentes plateformes Internet, c’est qu’à force de réagir de la sorte ils ne jouent pas ! Lors d’un de ces nombreux rendez vous, un excellent mandoliniste, au demeurant fort sympathique, a terminé notre entrevue en me disant : « Ta musique est super ! Félicitations ! Ca me ferait vraiment plaisir de jouer avec toi, mais, par principe, j’ai décidé de ne plus faire de répétitions si je ne suis pas payé… Je préfère rester chez moi et regarder la télé. » C’est, financièrement parlant, peut-être un très bon principe. Reste à trouver l’artiste qui, sans contrat dans une maison de disque, pourra le rémunérer, d’autant plus en pleine crise financière.

    Mais, heureusement, il existe d’autres personnes, car, s’il y a une majorité, il y a forcément des exceptions…

    -  RENCONTRES  -

     

    Le 3 décembre 2010, un saxophoniste répond à une de mes annonces en me demandant s’il était possible que nous nous rencontrions pour discuter de ce projet. Le 9 décembre 2010, François Millet sonne à ma porte. Nous passons un peu plus de quatre heures à jouer, discuter et nous projeter, ensemble, sur les différentes possibilités que ce répertoire nous propose. L’entrevue se termine, l’un et l’autre concluons sur le fait qu’il nous tardait de nous revoir.

    Le 10 décembre 2010, un autre rendez vous était programmé. Mes économies s’amoindrissant et lassé de payer des studios de répétitions pour des rencontres infructueuses, je rencontre un batteur, toujours à mon domicile. Comme il avait visionné les trois vidéos sur Youtube, et qu’il avait parcouru quelques extraits audio sur Myspace, je choisis de lui faire découvrir le reste de mon répertoire au milieu du salon avant de programmer un essai dans un studio de répétition. Nous discutons de sa formation et de ses nombreuses collaborations et statuons sur une date pour un premier essai après les fêtes de fin d’années.

    Fin décembre approche et je n’ai encore reçu aucune réponse aux différents courriers envoyés aux maisons de disques. En pleine fêtes de fin d’année, cela m’apparaît plutôt normal. Je suis de nature patiente, donc, par respect et correction, je ne relance pas.

    Les fêtes se déroulent, rien ne se passe, vivement janvier !

    Le 06 janvier 2011, une bassiste répond à une de mes annonces. Je m’étais mis dans la tête de trouver une personne sachant jouer de la basse électrique, acoustique, mais, également de la contrebasse et si possible maîtrisant le jeu à l’archet. Elle fut la seule à répondre à cette annonce. Nous essayons de programmer une date pour nous rencontrer mais, son planning ne le permet pas pour l’instant. Toutefois, elle m’annonce que dès qu’elle le pourra elle tient absolument à me rencontrer.

    Les semaines se déroulent sans vraiment que j’ai le temps de m’en rendre compte, entre les différents essais avec d’autres musiciens, les répétions que je fais seul pour tester plusieurs « set list » sur mon répertoire, les tests de diverses combinaisons de matériel pour proposer un son différent de ce que l’on peut entendre habituellement, etc.

    -  SITUATION IRONIQUE  -

     

    Fin janvier, je suis au regret de constater que je n’ai toujours pas reçu de réponse à mes 64 courriers. Je me décide donc à envoyer un nouveau courrier à chaque interlocuteur précédemment contacté. Mais, parallèlement, je ressens le besoin vital d’aller à leur rencontre pour tenter de faire avancer les choses. Je cherche des conseils… Comme cela est stipulé dans mes courriers. Ce mode de communication n’est peut être plus au goût du jour et, bien que je le trouve très respectueux, il ne me donne pas l’impression d’être le bon. Je m’empresse donc, lors de chaque espace non rempli dans mon planning d’aller visiter les maisons de disques parisiennes. Chaque société est différente mais elles sont toutes organisées de la même façon. Chaque visite se termine de la même manière… à l’accueil ! On m’annonce qu’il va être très difficile d’obtenir un rendez-vous et qu’il est préférable d’envoyer un courrier. L’ironie de la situation ne me décourage pas et il reste encore des maisons de disques à visiter.

    Le 7 février 2011, lors d’une de mes visites, je croise, par pur hasard, le patron d’un petit label à qui j’avais envoyé les deux courriers. L’entretien fut bref mais, en moins de deux minutes chrono, il a toutefois eut le temps de me dire qu’il écoutait toutes les démos qu’il recevait, sans exception, et que s’il n’avait pas répondu à mon courrier c’est qu’il jugeait que mon travail n’avait aucun intérêt. Comprenant qu’il doit recevoir un nombre colossal de maquettes, je me permets, lors de cette courte entrevue, de l’aiguiller sur le clip youtube du titre « I don’t know » qui, d’après les messages d’internautes semblait être le plus marquant. Il m’annonce qu’il ne voit pas du tout de quoi je parle et il réitère sa première réponse. Me dirigeant vers la sortie de ses bureaux, je restais donc dans un flou le plus total… a-t-il, un jour, vraiment écouté mes démos ?

    Soit, il me reste encore beaucoup de travail et je dois me concentrer pour finaliser la constitution d’une équipe pour pouvoir commencer les représentations scéniques.

    « ÇA MANQUE DE SAX »

     

    Durant le reste du mois de février et le début du mois de mars, je fais quelques répétions avec le batteur à la maison, sur une batterie électronique bon marché pour éviter les frais de studios qui me donnent l’impression de ne jamais cesser. J’échange quelques mails avec la bassiste qui se terminent tous sur une impossibilité de nous rencontrer à cause de son planning surchargé. Et je continue mes visites en maison de disques où l’on m’annonce, à chaque fois, qu’il faut envoyer un courrier pour obtenir un rendez-vous avec un directeur artistique.

    A chaque fois, sauf une ! Un des labels, qui m’intéresse tout particulièrement, m’annonce qu’il serait éventuellement possible de rencontrer, non pas un directeur artistique, mais, directement le patron. Nous échangeons avec son assistante nos coordonnées et je repars avec une probabilité de rendez-vous pour le début du mois juillet, ce, du à son planning également surchargé. Je quitte les locaux avec un grand sourire, enfourchant mon vélo avec cette joie faciale qui ne retombera pas avant bien longtemps.

    Mi mars, je ressens l’envie de me poser dans une de nos belles campagnes pour travailler avec acharnement sur la préparation des futurs concerts. Je cherche sur Internet un gîte rural avec trois critères : un prix le plus bas possible, un isolement maximum pour ne pas déranger d’éventuels voisins, et une décoration de caractère me permettant, éventuellement, d’en profitez pour faire quelques vidéos si j’ai assez avancé sur mon travail. Je trouve un lieu parfait qui répond à tous mes critères et qui est disponible du 21 mars au 3 avril. Il découlera de cette « retraite » neuf vidéos « live au gite » que je posterais sur Youtube quelques jours après, le temps de faire le montage.

    A peine trois jours plus tard, François, le saxophoniste, poste un commentaire sur ma chaîne Youtube : « C’est trop bon, mais ça manque de sax tout ça ». Au milieu de toutes les choses qui remplissent mes journées, j’avais omis de reprendre contact avec lui pour que nous puissions nous revoir. Je répare cette malencontreuse erreur dans la foulée. Je reprends contact avec lui et nous nous revoyons pour élaborer un plan de travail. Nous tentons quelques après midi de jouer dans le salon, en sourdine, pour ne pas déranger mes voisins. François s’installe tranquillement dans le répertoire.

    -  JAM SESSION & OPEN MIC  -

     

    Puis, je décide de programmer une répétition, le 14 avril, cette fois-ci en studio avec François, le batteur et un bassiste présenté par le batteur. La répétition fut catastrophique. Le bassiste était à deux doigts de s’endormir, assis sur un tabouret et affalé, tel une âme en peine, contre un des murs du studio. Ce fut une fin de journée difficile qui m’offrira une nuit entière d’insomnie et de réflexion sur l’évolution incertaine de ce projet de construction d’équipe.

    Le 19 et le 20 avril, je recommence plusieurs répétitions, jusqu’à trois par jour, pour tester différents nouveaux musiciens qui ont fait suite aux annonces, des batteurs, des bassistes, etc… toutes se terminant sur des incertitudes ou sur des problèmes financiers. Certains musiciens pensant que leur niveau, parfois même médiocre, justifie le fait de ne pas devoir participer aux frais de location du studio. On est ici bien loin de la mentalité joyeuse et amicale des histoires de groupes que l’on peut lire dans les diverses anthologies du folk et du rock.

    Las de ces expériences, et tout se passant bien avec François, nous évoquons le fait qu’il serait agréable d’aller jouer dans un open-mic ou une jam-session, juste pour voir la réaction du public. Evénement, que nous reproduirons à trois reprises le 21 avril au Who’s Bar, dans le 5ème arrondissement de Paris, le 27 avril au Highlander, dans le 6ème et une nouvelle fois au Who’s Bar le 28 avril.

    A la suite de cette nouvelle expérience, malgré tous les doutes que je peux avoir, après une année et demi de travail sur ce projet dans le confinement d’un home studio ou d’un studio de répétition, une chose est sûre, je dois accélérer la constitution d’une équipe pour multiplier ce bonheur que j’ai perçu le temps de deux ou trois chansons sur scène.

    -  LA RÉSIDENCE  -

     

    Je mets donc les bouchés doubles pour trouver le bassiste qu’il nous manque. Je contacte à nouveau la bassiste, qui persiste dans ses incompatibilités de planning mais qui pense qu’un jour nous allons pouvoir travailler ensemble. J’en rencontre un nouveau, nous faisons un essai, tous les quatre en studio de répétitions, qui se passe convenablement, mais sans magie. Il ne donnera suite à mes messages post répétition que quelques mois plus tard en s’excusant de ne pas avoir donner de nouvelles mais en m’affirmant qu’il voulait faire partie de l’équipe. Allez comprendre… la gestion des plannings devient un vrai fardeau !

    Cinq jours plus tard, ayant passé ces dernières journées sur Internet à trier les multiples annonces de musiciens, je finis par rencontrer un nouveau bassiste. Il se dit intéressé par le professionnalisme du projet, tout en comprenant que, tant que je n’ai pas de maison de disques, je ne peux rien promettre sur l’évolution à venir. Je contacte, pendant notre rendez-vous, François et le batteur pour trouver une date commune dans les plannings respectifs de chacun pour une prochaine répétition.

    Le 19 mai 2011, notre première répétition tous les quatre est la plus concluante de celle que j’ai pu faire jusqu’à présent. Aussi, nous statuons sur le fait que si nous désirons passer à la vitesse supérieur il faut concentrer un nombre important d’heures de répétions sur plusieurs jours. La semaine qui suivra, je ferais une bonne partie des lignes de métro parisiennes pour visiter et trouver un studio propre et avec du matériel en bon état pour une résidence de deux jours.

    Nos plannings nous le permettant, nous ferons des répétitions intensives avec François le 3, 4 et 7 juin pour être fin prêt pour la résidence qui est maintenant programmée pour le 14 et le 15 juin 2011.

    Peu de temps avant la résidence, François m’annonce qu’un de ses amis a la gentillesse de nous proposer ses talents de vidéaste afin de nous filmer pendant cette résidence pour que nous puissions avoir des vidéos de qualité pour pouvoir mettre toute l’équipe en premier plan sur ma chaîne Youtube qui, pour le moment, ne contient que mes vidéos amateurs.

    Le 14 juin, je rencontre Sylvain Nawrocki, chargé d’une bonne dizaine de kilos de matériel vidéo, autour d’un café à peine une heure avant de rentrer dans les studios pour répéter avec l’équipe. Dès les premiers échanges, je constate la passion qui l’anime et son désir de réaliser de belles images. Une fois notre café terminé, nous nous dirigeons vers les studios.

    S’en suivront deux jours d’émotions intenses au cours desquels, la fatigue aidant, j’étais dans l’incapacité de savoir si nous disposions d’un matériel suffisant pour effectuer le montage de quatre clips vidéos permettant d’immortaliser cette résidence. Dans la soirée, après, une petite phase de décompression, nous constations, tous les cinq, paisiblement installés devant un ordinateur, que les images étaient superbes, mais que le son n’était pas utilisable. La qualité des images était telle que nous ne pouvions pas les disposer sur une bande son aussi médiocre. La captation sonore était ratée, dû à un mauvais placement des microphones d’ambiance, trop proche de la batterie, nous ne pouvions donc pas nous en servir. Je propose aussitôt à toute l’équipe de louer à nouveau un studio pour enregistrer quatre bandes son pour pouvoir faire honneur à la qualité des vidéos de Sylvain. Nous tentons d’accorder nos plannings pour que je puisse, dans les prochains jours trouver une disponibilité dans un studio d’enregistrement.

    Le 24 juin, après de multiples emails et coups de téléphone, j’arrive à prendre rendez-vous avec les studios Sparkle, à Paris, dans le 3ème arrondissement pour une visite le 29 juin 2011. Ils ont des disponibilités, pour le 4 et 5 juillet prochains, en accord avec les plannings de toute l’équipe.

    « POURQUOI PAS UN ALBUM ? »

     

    Depuis la fin de la résidence, je profite de mes moments de détente pour visionner plusieurs fois quelques extraits de rush vidéos. Rien n’y fait, cette résidence est un bon début mais, comme on le dit parfois dans notre jargon musical, cela ne tourne pas. C’est à priori encore trop tôt pour dépenser un budget, aussi raisonnable soit il, pour enregistrer toute l’équipe. Le batteur a correctement travaillé en amont de cette résidence, mais, il tape beaucoup trop fort sur ses fûts. Il est d’ailleurs le seul d’entre nous à jouer avec des protections auditives ce qui l’empêche de suivre correctement mes variations d’intensité. Les morceaux s’en ressentent et ils perdent leurs premières émotions. Le bassiste ne connaît pas encore parfaitement ses grilles et il se trompe régulièrement dans des changements harmoniques. Il suit convenablement les mouvements rythmiques du jeu du batteur mais n’écoute pas assez mon interprétation préférant, par prudence, se poser sur la batterie. Je ne peux faire qu’un constat. Je n’ai pas le budget pour passer beaucoup de temps en studio et cela serait une grave erreur de le faire pour un résultat forcément décevant.

    A la suite de ce constat, que je fais seul, face aux rushes qui tournent en boucle sur mon écran d’ordinateur, un événement, qui va changer radicalement la tournure de cette histoire, se produit. Je n’en ai pas encore conscience, mais, une main va m’être tendue pour m’aider à prendre des décisions.

    Le batteur m’appelle pour me signaler qu’ayant un concert avec un autre groupe la veille de nos enregistrements, soit, le 3 juillet, il doit partir à Lyon pour honorer cette date. Aussi, il me demande de lui régler son billet de train de retour, de Lyon à Paris, pour venir enregistrer avec nous. A ce moment précis, une incompréhension est née. De mon côté, je n’arrive à croire qu’il puisse se rendre à Lyon sans que le cachet de son concert lui finance son billet de train aller retour. La rapidité de mes prises de décisions passées méritait finalement plus de réflexion. Je reviens donc au fondement du but des ces enregistrements : je désire mettre en avant mon équipe pour, d’une part, démarcher de futures salles de concerts et, d’autre part, prouver aux maisons de disques que mon projet avance par rapport à mes anciennes vidéos amateurs. Je choisis donc d’exposer ces faits au batteur et je prends la décision, légèrement agacé, de lui annoncer que j’annule sa participation aux enregistrements.

    Dans la foulée, je convie François et le bassiste à venir prendre un café, à la maison, pour leur exposer ces faits. J’en profite, par la même occasion, pour leur annoncer qu’aux vues des derniers événements avec le batteur je préfère profiter de ces journées d’enregistrement, précédemment réservées, pour tenter d’enregistrer un premier album de dix titres. J’annonce au bassiste que je ne pense pas qu’il soit prêt, pour le moment, à m’accompagner pour ces enregistrements puisqu’il ne connaît pas encore toutes les grilles des dix morceaux.

    Nous décidons alors avec François de décupler notre force de travail pour relever ce défi. Nous réservons, toutefois, une journée supplémentaire chez Sparkle Studio.

    Nous disposerons donc de deux jours d’enregistrement et d’une unique journée de mixage.

    -  LA NAISSANCE DE PACHYDERMAL LIES AND TRUTH  -

     

    C’est à ce moment précis que tout va s’accélérer. François et moi-même avons totalement conscience que le pari est extrêmement risqué. Trois jours de studio pour enregistrer et mixer dix titres, au point où nous en sommes, ne va pas être une chose aisée. Il nous reste une semaine, jour pour jour, pour préparer nos enregistrements.

    Le 27 et le 28 juin 2011, nous louons un studio de répétition pour finaliser le choix des titres que nous tenterons d’enregistrer. Nous en profitons pour vérifier précisément une dernière fois les structures et les interventions de saxophone. Nous avions tout prévu avec un bassiste et un batteur mais, comme ils ne seront pas de la partie, il va falloir changer un peu l’ordre des choses. A mon sens certains titres nécessitent absolument un appui rythmique. Cela ne pouvant être le cas, je suis dans l’obligation de décider de ne pas les enregistrer. A la fin de la première séance de répétition je suis contraint de constater que nous ne disposons que de neuf titres.

    Toutefois, depuis quelques jours, j’ai deux nouveaux titres en cours de finalisation, des bribes écrites sur des brouillons. Je pense que ces titres ont leurs places dans cette session d’enregistrement. Nous décidons donc de les jouer pendant notre deuxième séance de répétition. François connaît déjà un de ces deux titres, « Brotherhood », que je lui avais déjà joué précédemment. Le texte n’est pas entièrement terminé mais je désire quelque chose de très simple, cela ne sera donc pas compliqué de le terminer dans les jours qui me restent.

    Puis, j’en viens à lui jouer un autre titre que j’ai fini d’écrire dans la nuit. Il entend pour la première fois « Pachydermal lies and truth ». Je lui explique ce que j’attends des parties de saxophone. Il connecte son smartphone sur Internet pour vérifier la construction de quelques gammes inhabituelles dont je lui parle. Et, dans la foulée, me fait différentes propositions pour nos futurs enregistrements. La chanson qui donnera son titre à l’album vient de naître.

    -  L’ENREGISTREMENT  -

     

    Le 29 juin 2011, je vais visiter les locaux de Sparkle Studio. Je rencontre pour la première fois David Dahan et Joseph Guigui. Un magnifique vélo « fixie », blanc et noir, trône dans le couloir et me laisse présager d’une ambiance détendue. Arrivé au cœur du studio, c’est pourtant une équipe très professionnelle qui me reçoit. Ils me questionnent sur le récent changement de situation et valident qu’ils feront tout pour nous aider à relever ce défi. Toutefois, ils me mettent en garde sur le fait que tant d’enregistrements en si peu de temps ne seront pas une mission des plus simple. Je passe près de deux heures à leur expliquer mes envies en terme de captation sonore et commence à leur détailler le matériel que je désire utiliser. Le lieu est agréable, je m’y sens extrêmement bien. Je ressens pour la première fois une émotion étrange. Je n’ai aucun stress… Dans ce lieu magique, je suis en paix.

    Le 4 juillet, nous arrivons avec François en voiture, chargée de notre matériel, plusieurs guitares, amplis, pédales d’effet, saxophone, etc. Nous avons plus d’une heure d’avance. A 10h00, nous retrouvons David qui nous ouvre les portes du studio. Une fois le matériel déchargé, David et Joseph nous proposent différents choix d’installations techniques. Une fois validés, nous ne cesserons d’enregistrer.

    Dans la soirée du 5 juillet, nous sortirons épuisés, sans être capable de savoir si nos enregistrements étaient bons ou non. Tout s’est passé tellement rapidement. Les titres se sont enchaînés à une telle vitesse. La seule chose dont nous étions sûr c’est que l’on avait enregistré onze chansons en deux jours. David et Joseph ont été adorables et extrêmement performants. La technique n’a jamais pris le dessus sur l’émotion.

    -  DERNIÈRE LIGNE DROITE  -

     

    Dans la journée du 6 juillet 2011, nous allons être confronté à une situation étrange. Pendant le mixage de chaque titre nous allons prendre conscience que nos enregistrements des deux derniers jours étaient finalement concluants. Sauf pour un titre, « I don’t know », que l’on choisira de ne pas faire figurer sur cet album. Nous ressortirons, dans la soirée, avec nos dix titres parfaitement mixés grâce aux excellentes performances de David et de Joseph. Et, avec une envie certaine, nous avions déjà hâte d’aller enregistrer le prochain disque dans le même lieu.

    Le 11 juillet, ayant laissé quelque peu la pression retomber, je contacte une société de pressage pour connaître leurs tarifs. Nous prenons connaissances de tous les éléments qui seront nécessaires à cette étape. Notre interlocuteur nous signale qu’il lui faut quelques fichiers graphiques, respectant un format bien précis, pour la pochette de l’album et le master audio dans un format compatible avec l’usine qui pressera le disque. David et Joseph me mettent en relation avec un de leur ami, Hervé de Kéroullas qui peut procéder au mastering tout en respectant le son initial du mixage. Je prends rendez vous avec lui pour le 13 juillet.

    En fin d’après midi, le 12 juillet, nous nous retrouvons avec François pour faire les différents fichiers graphiques que nous demande le prestataire qui gère le pressage de nos futurs disques. Nous commençons à 16h00, pensant que cela allait être aisé. Nous finirons à 6h37 exactement le lendemain matin. Malgré la fatigue, nous sommes très content du résultat.

    Quelques minutes plus tard, je reçois un sms d’Hervé qui m’annonce qu’il a terminé son travail de la veille extrêmement tardivement et qu’il préfère que l’on se voit en fin d’après midi. Nous sommes le 13 juillet, soulagé par cette nouvelle, je vais pouvoir dormir quelques heures avant de repartir pour masteriser l’album avec Hervé. Je retrouve Hervé sur les coups de 16h00 dans les sous-sols d’un immeuble dans le 12ème arrondissement. Tout juste le temps de lui expliquer que je suis très heureux du mixage réalisé par David et Joseph, qu’Hervé se met au travail en m’annonçant : « si tu aimes leur mix, c’est une bonne nouvelle. Maintenant, nous allons le magnifier ! ». Nous passerons environ huit heures sur le mastering et je ressortirais avec tous les fichiers conformes à ce que le prestataire m’avait demandé deux jours plus tôt.

    Entre le 15 et le 19 juillet, je vérifie l’intégralité des fichiers avec le prestataire qui, après validation, me confirme leurs départs à l’usine de pressage.

    Le 28 juillet, nous nous voyons avec François pour faire le point sur nos besoins futurs. Nous avons encore beaucoup de choses à faire. Il nous faut un nouveau site Internet, des affiches pour les futurs concerts, aller à la rencontre des lieux où nous pourrons prochainement jouer, recommencer les démarches auprès des maisons de disques, etc.

    -  BIENTÔT CHEZ VOUS  -

     

    Le 1 août 2011, alors que nous avions prévu de travailler sur le démarrage du site Internet, un livreur m’appelle pour m’annoncer qu’il avait une palette de disques à me livrer.

    Je stockerai donc les exemplaires de Pachydermal lies and truth avant que chacun d’entre eux trouve une nouvelle maison d’accueil… chez vous.